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L'entraînement (2/2)

Toutes ressemblances ou corrélation avec des personnes existantes ou des situations réelles est fortuites ;-) 


...Pourquoi vouloir échapper à son éducation ? Le Dieu chrétien n’avait plus vraiment de place dans ma vie. Il n’était selon moi qu’un élément du folklore guadeloupéen. Je doutais trop de Lui, des promesses de sa Bible et des discours de ses pasteurs. Hailé Selassie ne mentait pas lui, ni Ti M-G. Je me sentais fort invincible, déconnecté. Je ne fléchissais pas devant mes convictions. 
Que pouvait-il m’arriver ? 
J’avais mes amis, ils me faisaient voir le monde différemment. J’étudiais avec eux le commerce. Certes un commerce bien particulier mais il n’y a rien de mieux que d’apprendre sur le terrain. Ti M-G disait que le lycée ne servait strictement à rien  tout comme d’avoir trop d’ambition. Je voulais travailler dans le bâtiment, construire. Mais j’avais omis tous ces désirs. Il n’en restait plus rien. 
M-G aurait dû devenir prophète en y repensant. Nous faisions figure d’anticonformistes, toujours en révolte contre la société. Nous l’envions, la jalousions, la détestions. Frustrant que de voir ces berlines de luxe à chaque coin de rue, cette richesse ostentatoire. Nous y avions droit aussi c’est Eric qui l’a dit, lui il nous comprend. A nous les aviators, les crocos et les ralf lo. Les mois qui suivirent nous l’ont montré. Une pléiade de syndicats avait décidé de se faire le porte parole de nos fantasmes, de nos luttes. "Gagner plus sans travailler" tel était notre slogan. Enfin l’injustice était mit au jour. Néanmoins nos méthodes étaient un peu différentes, un peu plus radical, nous suivions l’exemple de certains adultes « bien » intentionnés. On s’organisait comme une mafia, les uns à Pointe-à-Pitre, les autres à Baie-Mahault. Nous avons saccagé, pillé, détruit. Nous étions déchaînés dans ses rues de la terreur. Nous étions désormais armés jusqu’aux dents prêt à faire face à toutes éventualités. C’était une guerre. Je me souviens de cette émeute sur le parking de Destrelland. Nous mettions le feu aux pneus, aux poubelles. Une désagréable odeur de plastique brûlé embaumait l’air ambiant. Je me souviens de ces cailloux lancés, ces balles tirées, cette rage, cette folie. Çà courait partout, criait, hurlais. La foire de la violence. Mais de toutes les manières nous avions des avocats tout désigné : politiques, syndicats et j’en passe. J’aurais voulu résister à cet entraînement mais… Je n’ai pas su dire STOP. Je les ai senti, ressentis et entendu les lacrymogènes, les coups de matraques, les insultes. 
Et puis rien. Peut-être des synapses fraîches, des idées plus claires. 
J’ai froid. 
Pourquoi cette violence ? Pourquoi ces révoltes populaires ? Si M-G me voyait me repentir il en serait certainement dégoûté. 


J’ouvre simplement les yeux sur la société dans laquelle je vis. Je qualifierais celle-ci de consumérisme incontestée et incontestable, qui revêt une importance capitale. Elle illustre les nombreux préjugés sur le "noir”. Loin de nous, la simple idée de consommer dans la mesure de nos besoins mais plutôt dans celle de nos désirs. Nous exprimons la nécessité de montrer à tous une richesse que bien souvent nous n'avons pas, nous sommes probablement les premiers acheteurs caribéens de grosses cylindrées. Celles-ci fleurissent si bien que nos réfrigérateurs sont vides. Je vois encore comment papa c’était endetter au point de ne plus pouvoir payer la facture d’eau, çà l’a détruit. Nous refusons de vivre à la hauteur de nos revenus et nous justifions ainsi l'attitude des grands groupes commerciaux. N’est-ce pas un paradoxe que de vouloir jeter la pierre à celui qui nous vend ce dont nous "pouvons" nous passer. Bien entendu le secteur automobile n'est pas le seul qui engrange des profits  grâce à notre consommation sans limites. Les supermarchés sont remplis quelque soit les jours de l’année. Les commerçants également, je l'admets, usent encore et toujours de moyens pour susciter notre attention perpétuelle. Mais quand allons-nous dire STOP? Je ne saurais y répondre. Nous avons, ainsi, construit une image bien loin de la réalité de notre pays. Nous disons l'aimer mais nous sommes tous responsable de l'état dans lequel il se trouve, nous avons au fil des années confirmer  cette position de peuple qui en veut toujours plus. Voilà où nous à mener la modernité, elle a transformé nos désirs en besoin et nous a rendus aveugles, oui, sur l'état de nos comptes en banques et ceux de nos entreprises. Il est bien regrettable de faire ce constat maintenant, mais il faut que nous apprenions à l'admettre, non pas une minorité, mais tous. Arriverons-nous un jour à nous en sortir? L'espoir m'habite encore. Mais à quoi bon mener ce type de réflexion ? 


J’erre, je n’ai plus de vie, de famille. Les remords me rongent. L’écriture est devenue mon échappatoire, mon purgatoire. Je n’ai que des questions dont j’ignore les réponses. Pourquoi y ai-je touché ? Pour oublier qui je suis, d’où je suis ? Pour les filles, la soif de reconnaissance par les autres, le pseudo respect. Oublier la maltraitance d’un père qui ne se faisait comprendre que par les coups. Une violence que j’ai faite mienne, une vengeance sur la vie qui m’a pris le seul être qui ne m’ait jamais aimé, maman. La haine, l’amertume envers cet être infâme que l’alcool a détruit et qui a dévasté ma vie, nos vies. Je n’ai pas su me contenter du joint, il m’en fallait davantage, la poudre, le crack, je voulais m’évader, fuir. De dealer à consommateur la limite était mince et je l’ai franchise. Et rien ne suffisait, il en fallait encore et encore, de l’or, des motocycles et ce sans jamais le goût de l’honnêteté, du travail. La rue ma seule amie, la rue ma seule famille. Pourquoi avoir écouté ce prophète imaginaire unique fruit d’hallucinations. Pourquoi avoir renié l’ambition? Pour finir va-nu-pieds, comme ce père que je méprisais. Je n’ai que çà à la bouche pourquoi. Mon bref séjour à l’Assainissement, au côté de gens qui comme moi ne vis que de regrets, m’a donné envie de ressusciter. Saint-Vincent de Paul m’a certes offert le gîte et le couvert mais écrire m’offre bien plus que çà, un rêve. Devenir le bâtisseur de ma propre vie, vaincre la tentation, vaincre l'entraînement.

 
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